novembre 23, 2018 CCP

Route du Rhum
2018

Loargann au départ de la 

Route du Rhum 2018

Non, ce n’est pas une « fake news ».

Même si ça peut prêter à confusion, Thierry Troadec avait bel et bien décidé d’être présent à St Malo pour le départ de la course mythique ! Pour le plaisir, et aussi pour supporter Nicolas Troussel , membre fondateur et président d’honneur du Canot Club, ainsi que les deux autre Baie de Morlaix, Armel le Cleach et Jérémie Beyou, excusez du peu !

Rejoint par 3 équipiers du Canot Club de Primel, Claudine Raoul, Philippe et Claudine Goanec, ainsi que Jo Hamon, frère de Claudine G et domicilié à Sète, nous voila le mercredi matin bien seul dans l’écluse de Morlaix, à nous interroger sur la météo pluvieuse, voire venteuse, annoncée pour la semaine. Naviguer un mois noir (Miz Du en breton, mois de novembre), c’est pas la garantie de naviguer en tongs !

Et pourtant, pas de pluie de la semaine, du soleil, un vent de terre raisonnable, et donc peu de mer. La météo sera avec nous ! Nous rejoignons le soir la rivière du Trieux, sur un bord unique jusqu’au phare des Héaux de Bréhat, pour une nuit paisible. Le lendemain, le spi sort de sa chaussette dès l’arrivée en baie de St Brieuc. Ça avance ! Ce même spi qui descend tout seul peu avant l’arrivée sur St Malo, déchiré au point de drisse, sous la têtière, dans 20 nœuds de vent. Usure ? Il est 16 heures quand nous squattons une bouée manifestement inutilisée, à 50 mètres de la Tour Solidor, en St Servan. Cadre magique. Apéro et assiette de charcuterie au Cancalais, sympathique bistrot avec vue sur la Rance et le barrage.

Le samedi, on se jette dans la foule, en compagnie des petits enfants Goanec et de leur mère, qui habitent la région. La flottille est imposante et nombreuse, parfois hétéroclite, les ultimes nous laissent songeurs, au vu d’une navigation en solitaire, nous admirons les IMOCA cul à quai, les choix d’aménagement des cockpits, la puissance qui se dégage de ces engins. En fin de journée, débriefing au Cancalais, déjà un rituel.

Le samedi, la ronde des éclusages se met en route. Claude, un ami d’enfance de Thierry, nous accompagne et nous raconte sa traversée de l’Atlantique sur Pen Duick VI. Au pied de L’intra-muros, interview des skippers en direct par les médias, baptêmes, mouvements des bateaux dans le bassin en attendant leur tour, salut au public, passage des écluses. Débriefing au Cancalais. MACIF , de François Gabart, est venu mouiller dans la Rance, pas très loin. Le soir, un gros zodiac de l’organisation nous demande de dégager le corps-mort, prévu parait-il pour héberger un Class 40, après leur éclusage vers 3 heures du matin. Mouillage sur ancre à proximité immédiate.

Dimanche matin, la bouée est toujours libre, mais nous sommes effectivement entourés de Class 40. La flottille appareille. Nicolas, sur Corum, est le seul à quitter la Rance sous voile. Il semblerait qu’il a la « gnaque ». Claudine R s’imagine déjà célébrer sa victoire au Champagne au local du club ! On embouque le chenal principal, sous grand voile seule, en compagnie de toute la flotte. C’est super ! Au nord de Cézembre, MACIF hisse sa grand voile et s’en va rejoindre la zone de départ. SODEBO, à Coville, s’y reprend à deux fois, avant de fondre sur nous. Samantha Davis nous passe sous le vent. C’est la chouchou et la favorite des filles du bord, bien entendu. Affalage obligatoire des voiles à midi, nous rejoignons la pointe du Grouin au moteur, on aperçoit au loin le Mt St Michel. La ligne est très grande, difficile à repérer au milieu de la foule des concurrents et des bateaux de spectateurs. Les Class 40 déroulent leur voile d’avant. 14 H. C’est l’envolée sous le soleil !!! Inutile de dire qu’on a du mal à suivre. On passe la ligne en compagnie des retardataires, dont Bob Escoffier, sur Kriter V, qui nous paraît anormalement lent. Voilà, ils sont partis ! Nous rejoignons St Cast le Guildo sous voiles, un port pratique et facile d’accès, mais manquant singulièrement de charme, avec une affreuse barre d’immeuble comme décor principal. Jo quitte le bord.

Lundi matin, c’est la route du retour. Pas de vent, le Kubota tourne comme une horloge. Les péripéties d’un coquiller de St Quay, dont le malheureux matelot a eu la main écrasée par la drague, nous occupent l’esprit sur la VHF pendant la traversée de la baie de St Brieuc. L’administration maritime est sur le pont. Nous passons par le chenal de l’Ile de Bréhat, puis par l’étroit et spectaculaire passage du Kerpont, entre Bréhat et Biniguet. Thierry nous fait une belle démonstration de navigation côtière. Il faut préciser qu’il n’y a à bord aucune carte électronique, maxsea, navionics… lecteur de cartes et traceur, tablette et ordi. Le capitaine n’en veut pas ! « Le charme de la navigation à l’ancienne » dit-il. Pour être honnête, il y a le point GPS, reporté régulièrement sur la carte papier, et les caps définis à la règle Cras. Pour le reste c’est l’étude et la connaissance des cartes SHOM. Avant les Héaux, et pour s’abriter du courant de marée, on prend à gauche par le passage de la Gaine, et on ressort par le chenal de Tréguier, et enfin route directe sur Perros. L’idée est de se rapprocher au maximum de la Baie de Morlaix, un coup de vent est annoncé pour le lendemain. Mouillage sur bouée à Castell Perros, bercé par une houle légère.

8 heures, départ de Perros, vent modéré, courant fort et favorable. Devant nous, deux bateaux des Glénans, pratiquement les seuls voiliers croisés sur la route pendant la semaine. Nous les doublons en longeant la côte. Le vent monte. On ajuste la voilure. Route au près. On avance vite sur le fond. A 10H30, on est devant Primel. Le vent refuse, on atterrit sur le Pot de fer. Le pacha, qui est gourmand, veut terminer à la voile par le grand chenal, malgré le vent fort, les bords à tirer, la marée basse et un coefficient de 92. Ainsi soit-il ! Du Pot de fer on vient chercher Pierre Noire, puis route directe sur le nord de Ricard, qu’on contourne par l’ouest. Route sur le Taureau. C’est un peu chaud pour le doubler. Claudine s’applique à la barre à gagner au lof dans chaque risée. Le skipper, bon prince, (et bien sur conscient du problème), consent à démarrer le moteur pour assurer le coup. Mouillage sur ancre avant Kerarmel, au milieu du chenal.

Déjeuner à bord. Loargan ne comprend pas trop ce qui lui arrive. Il tire sur sa chaîne comme un forcené. Dans trente nœuds de vent, il trouve le moyen de présenter son cul au vent, tourné vers le large alors que le vent souffle de terre. Il passe sur sa chaîne. L’explication est dans le fort courant montant, qui pousse à l’inverse et impose un compromis. Nous voilà contraint de relever l’ancre moteur en marche arrière (et au guindeau électrique, je vous rassure), un comble.

Ecluse à 16 Heure. Fin du périple. Semaine sympathique et en bonne compagnie.

Et bon Rhum à Nicolas !